Quand l’interne de l’hôpital m’a dit : “Avec ce traitement, vous ne pourrez pas tenter d’avoir un enfant avant 6 mois”, j’ai cru qu’on m’avait giflée. Avec une force rare. Non seulement je venais de perdre mon bébé, non seulement je faisais une grossesse extra-utérine, mais en plus on m’ôtait la possibilité de retenter ma chance dès que possible. J’ai 41 ans. Dans 6 mois, j’en aurai 42.

Mon coeur s’est brisé. J’ai éclaté en sanglots. D’abord, je me suis répétée en boucle : “Et si c’était foutu ?” j’avais l’impression qu’elle venait de me dire, en fait “Vous n’aurez jamais d’autre enfant”.

 

 « C’est peut-être une chance »

Quand ma soeur m’a dit cette phrase, j’ai eu envie de pleurer à nouveau. Comment, alors que mon coeur est là, par terre, en mille morceaux, pourrais-je imaginer une seule seconde que cette nouvelle épreuve peut être une chance. 

“Tu avais l’air épuisée à Noël, il faut que tu prennes soin de toi” a-t-elle ajouté.

Au début, bien sûr je n’ai pas pu l’entendre. J’étais tellement en colère. Contre moi, contre la vie, et même j’avoue contre ma soeur qui semblait si peu me comprendre. 

Ce n’est pas ça que j’avais envie d’entendre. Mais en fait, je sais aujourd’hui que rien de ce qu’on aurait pu me dire à ce moment-là pour me consoler ne m’aurait consolée. J’avais la rage. 

 

Et puis j’ai digéré

Comme on dit, j’ai dormi dessus. Ça a tourné en boucle dans ma tête. Ces foutus 6 mois. Ce n’était pas la fin de ma vie. 6 mois, au fond, qu’est-ce que c’est ? Ça passe si vite. Alors je me suis dit que je devais les mettre à profit ces fucking 6 mois. Et en effet, prendre soin de moi. 

Alors voila ce que j’ai décidé.

Durant ces 6 mois, je vais perdre du poids. J’ai pris rendez-vous chez une nutritionniste, je la vois demain. 

Durant ces 6 mois, je vais me mettre à la méditation. Parce que je lis des tonnes de choses dessus, et je sais que c’est bon pour moi : stoppper le flux de mes pensées, c’est ça qu’il me faut. Les laisser filer au lieu de les faire tourner en boucle dans ma tête. 

Durant ces 6 mois, je vais me reposer. Ma soeur a raison. Ma maladie, et puis le déménagement… Ça fait plus d’un an et demi que je fonce. Tout le temps. Je suis épuisée. Moralement et physiquement. Garder le sourire, être forte, en fait, c’est un vrai boulot. Et comme je ne veux pas perdre cet optimisme qui m’a toujours portée, je comprends, aujourd’hui, que je dois ralentir. 

Durant ces 6 mois, je vais prendre soin de mon corps. Je ne sais pas encore comment, faire plus de sport, m’accorder un massage par mois, en institut, ou des soins du visage… Mais arrêter de l’engueuler et de tout lui mettre sur le dos. C’est moi sous la cape d’invisibilité. C’est moi qui contrôle tout, au final.

Alors durant ces 6 mois, je vais essayer de souffler. D’arrêter de me mettre cette pression de merde qui me paralyse. Arrêter de me cacher. Et arrêter de pleurer.