Maman solo pour deux mois

Alors voilà, ça fait six mois que je sais que l'homme doit partir deux mois aux Etats-Unis. Parce que voilà, l'homme a repris ses études. Alors l'année a été un peu mouvementée pour lui, pour nous. Et là, on entre dans le niveau supérieur : San-Francisco.

Il part samedi prochain. Deux mois sans lui. On n'a jamais été séparés plus d'une semaine, et même là, on l'avait moyennement bien vécu. Tout le monde me dit : "Ça va passer hyper vite", "Ça va vous faire du bien", "Vous ne vous retrouverez que plus fort après". Tout ça j'entends.

Lui aussi. Mais au fond, ça ne nous rassure pas. La grosse inconnue, c'est Crevette.

On la prépare doucement depuis un mois. "Papa va partir faire un grand voyage, il sera absent quelque temps. Mais on lui parlera tous les jours sur l'ordinateur, et il reviendra vite". Pour que le choc ne soit pas brutal. J'ai senti qu'elle est un peu plus tendue récemment. On a à nouveau des crises assez fortes, ce qu'on n'avait plus depuis quelques temps.

Forcément, elle sent qu'on appréhende.

Lui de partir loin de ses petites femmes. Sur une terre inconnue. Mon homme, c'est pas un baroudeur. Il aime voyager, mais il a besoin de son cocon. Je m'inquiète pour lui, même si je sais que c'est une chouette expérience dont il reviendra grandit.

Moi, de devoir tout gérer, seule, avec ma puce. A deux, tout est plus évident. Si tu craques, tu passes le relais. Là, pas d'échappatoire. Sera-t-elle plus douce parce que je suis seule avec elle ? Ou au contraire plus dure, à cause du manque de papa ?

Est-ce que je vais m'en sortir ? Vais-je assurer ? J'ai vraiment les jetons.

Au fond, je sais que je peux surmonter ça. Mais c'est un monde entier qui va me manquer quand il sera parti. Sa présence. Même ses blagues 😉 Les rituels du matin, ses multiples élans de tendresse, sa main dans mes cheveux quand je m'endors.

Samedi, j'entre dans une nouvelle ère. Et je flippe ma mémé. Je commence à me dire "dernière fois qu'on fait ça ensemble avant son départ…"

Je vois aussi dans son regard, ses absences, qu'il est déjà en stress.

Alors voilà, notre défi mon amour, c'est d'assurer. Ou tout au moins de faire de notre mieux. Deux mois, ça passe vite.