Ce matin j’étais chez un docteur généraliste, en quête d’un nouveau médecin traitant référent, mon dernier ayant fermé son cabinet. Je lui ai expliqué mon parcours santé récent, parler de mon PTI, parler de ma fausse couche, ma grossesse extra-utérine. Bref, en 5 minutes, j’ai déballé ma vie devant cet inconnu. Mes douleurs, mes peines. 

Je lui ai expliqué qu’à part ça, je me sentais chanceuse car je n’ai jamais eu de souci de santé. Sauf, en ce moment car je suis fatiguée. Un peu moins depuis que ma nutritionniste m’a donné des vitamines. 

Il me dit, en voyant une ordonnance (je me trimballe maintenant à chacun de mes RDV médicaux avec ma pochette de résultats de bilans sanguins et mes ordonnances en cours, on sait jamais), “Et du specialfoldine ?” c’est-à-dire l’acide folique prescrit par mon gynéco. 

Je lui explique, avec un sourire, que oui, malgré tout, j’ai encore l’espoir d’avoir un second enfant, et que mon gynéco m’a dit, en bon coach, que statistiquement j’avais peu de “chances” quand ça viendra qu’il y ai cette fois un problème. 

Et là le docteur me répond “Ou ça vient pas”.

J’ai marqué un temps d’arrêt. Il l’a vu. Il a enchaîné en disant que le specialfoldine c’est très bien pour les personnes qui ont une thrombopénie comme moi. Que ça va me rebooster. Le rendez-vous était fini. Au revoir. 

Et toute la journée, j’ai eu ces 4 mots qui ont tourné en boucle dans ma tête, comme une chansonnette dont on n’arrive pas à se débarrasser.

“Ou ça vient pas”

Ce mec ne me connait pas. Je lui mets mes tripes sur la table. Et en une phrase, il se permet de piétiner mes rêves, mes aspirations. Le peu d’espoir qu’il me reste d’être à nouveau mère un jour. 

“Ou ça vient pas”

Je sais que cette phrase, elle t’a échappée. Qu’elle est peut être sans conséquence pour toi. Est-ce qu’en me regardant, tu t’es dit “C’est peut être le moment de lui dire qu’elle se berce d’illusions ?” Mais tu crois que mon aspiration de vie c’était d’être mère à 42 ans ? De perdre deux bébés ? Que je l’ai voulu ? 

Alors moi j’ai envie de te dire fuck mec. Tu n’as pas foi en moi, tu ne me connais pas. Je sais que peut-être je ne serai plus mère. Mais j’y crois encore. Et tant que j’ai cet espoir, tu ne piétineras pas mes rêves. Et je me giflerais d’être aussi impactée par une si petite phrase. Mais parfois, 4 petits mots peuvent suffire à te faire descendre 4 étages. 

Respirer. Profondément. Remonter. Doucement. Fuck.