Au ralenti

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A un moment donné de ma grossesse, au cinquième mois pour être précise, j’ai bien dû m’avouer que ça y’est, c’était plus pareil. Déjà au quatrième mois, j’avais eu ma petite alerte. Mais ça allait mieux et je suis quand même quelqu’un d’assez dynamique, donc là, quand j’ai commencé à marcher au ralenti, à m’essoufler après avoir monté à peine quatre marches, à chercher frénétiquement des yeux une place dans le métro, j’ai bien dû me rendre à l’évidence : j’avais relativement perdu de mon entrain, de ma souplesse et de mon pep’s.

 

A ce moment-là, l’homme m’a dit : « Ben c’est nomal, vous êtes deux maintenant ! » (et oui, l’homme est philiosophe). Alors j’ai hoché la tête bien sagement, mais là, au fond de moi, y’avait ce truc qui me tarabustait. Cette pensée insidieuse que je perdais un peu de mon identité, mon indépendance de femme forte (oué d’abord) et que si ça continuait comme ça,  j’allais vite dépendre des autres pour pleins de trucs.

 

Et en effet, au septième mois, quand tu commences à te faire dépasser par des mamies sur le trottoir, tu commences à l’avoir mauvaise. Tu forces le pas, histoire de leur montrer qui commande, mais tu peux pas. Tu t’accroches, tel un marathonien à trois kilomètres de la fin à New-York, mais ton ventre commence à tirer et tu laisses tomber. Il ne te reste plus que tes yeux pour pleurer. Et en effet, ce que tu appréhendais le plus arrive. Tu dois demander des trucs aux autres. Genre à l’homme de refaire ton lacet dans la rue. Ce qu’il fait bien volontiers en te jetant quand-même un petit regard de coin pour jauger si tu abuses ou pas. Et toi tu le regardes avec les yeux de Chat Potté pour l’attendrir et le faire compatir à ta peine.

 

C’est là aussi que le déclic a eu lieu pour moi pour demander enfin cette foutue place dans le métro. Pas par envie, mais par nécessité. Parce qu’à un moment, je ne me vois pas restée debout plus de 5 minutes en statique, dans un véhicule en mouvance qui plus est. D’autant que tu te rends compte du double effet kiss cool : que tu marches aussi au ralenti en haut. Dans l’ciboulot.Tu oublies des trucs (« Mais enfin ma chérie, on ne pourra pas ce jour-là, tes parents viennent nous rendre visite. »). Qu’au travail, t’as un peu de mal à te concentrer. Et que chez toi le soir, de toutes façons, à 22h15 tu penses déjà qu’il est 23h30 et qu’il faut aller dormir.

 

Et là y’a comme un gap que tu franchis. Ça s’appelle la résignation. Tu lâches. Tu réalises que voila-c’est-comme-ça, que c’est pas toute ta vie, et que c’est surtout pour une raison qui te met la joie au coeur quand-meme : tu vas donner la vie merde ! (oui j’ai tendance à jurer quand je m’emporte). Et là tu acceptes tout : le gros ventre, les petits soucis, les aléas de la grossesse, et tu attends. (Presque) patiemment.

 

Conseil du jour : n’essayez pas de provoquer le déclic, il arrive tout seul. Plus ou moins tôt 😉 En attendant, travaillez votre regard de chat potté 2 minutes tous les matins devant la glace.