(oui, ce titre… )

Dans notre quartier, on a ce petit papy qui habite je crois la rue d’à côté. Je ne saurais pas lui donner d’âge. Vieux, très vieux. N’empêche que tous les jours, quel que soit le temps, il fait sa petite sortie à vélo.

La première fois que je l’ai vu dans la rue, j’ai cru qu’il allait finir par tomber, tellement il roule lentement. Mais non. Ça m’avait fait sourire, et quelque part aussi, cela a forcé mon admiration. Faire encore du vélo à cet âge avancé, je trouvais ça chouette.

Clairement, la première fois où je me suis retrouvée en voiture derrière lui, j’ai trouvé ça nettement moins chouette. Parce qu’on ne peut pas dire que le papy roule droit. Et, bien entendu, notre rue est parsemée de cédez-le passage et de priorités en tout genre. Impossible de le doubler. J’en ai soupiré, mais toujours, avec ce sourire au coin.

Et puis j’ai réalisé que c’était le même papy qui boit son café, tous les soirs, à la même heure au bar tabac du coin. Quand je vais chercher Crevette, je le croise une première fois, de dos. 30 minutes après, quand je repasse dans l’autre sens, il est toujours là, fidèle au poste. Il est au parfait spot pour observer les gens. Dès que quelqu’un passe, il lève les yeux, sourit d’un magnifique sourire édenté, cherche le regard. Dit quelques mots qu’on ne capte pas toujours bien.

Alors tous les soirs, je lui dis “Bonjour !” Ça a toujours l’air de le ravir. Et puis comme ça, sans prévenir, l’autre jour, il s’est levé à mon approche et m’a serré la main. Avec chaleur.

Voila. J’ai serré la main de l’homme qui fait du vélo le plus lentement au monde. Et je n’en suis pas peu fière.